Le Fromager de Pondichery
La résidence à Daumazan-sur-Arize
Le 6 février 2026, sous l’invitation du collectif Trigone, j’arrive à Daumazan-sur-Arize.
Je m’installe à la terrasse fermée du café « Chez Flo ». Il est 15 h, le bistrot n’ouvrira qu’à 17 h.

Rapidement, Hugues et Daniel s’assoient à ma table. Hugues ouvre une bouteille de cidre achetée au Spar d’en face. Il vit dans son camion, se déplace au gré de ses envies et des opportunités qui s’offrent à lui. Il parle peu, lentement, puis saisit mon carnet et y écrit un poème :

Soleil, ami de mes yeux
Éclairant chacun de mes pas
Étoiles accompagnatrices de mes rêves
Vent des voyageurs, m’emportant jusqu’au bout de son souffle

Hugues.

Daniel, 28 ans dans le désordre, commence à parler. Il saute d’un sujet à l’autre. La conversation ne tient pas en place. Elle va me suivre pendant toute la résidence.

Sur mon carnet, à la suite du poème, j’écris rapidement :
Ostéologue, Inde, métro de Paris, Croix-Rouge, télévision, taxidermiste, a connu Sheila sur les marchés, coureur cycliste, marié trois fois, Inde, Inde, Inde !

Sa plus grande fierté est d’avoir été le premier fromager de Pondichéry. Son rêve : y retourner.

À partir de cette première rencontre, le village s’ouvre peu à peu. Au coin des rues, à la terrasse du café, sous la pluie, dans ce paysage en travaux, les habitants apparaissent, souvent au détour d’une recommandation, d’un nom lancé, d’une direction indiquée.

Pendant dix jours, Daniel déroule ses anecdotes, m’accompagnant dans ces déambulations. Entre ses récits et les conseils des habitants, une cartographie humaine se dessine, faite de fragments, de rencontres et d’histoires entremêlées, dans ce village parfois un peu délaissé.

​Cette année, le Collectif Trigone a eu le plaisir d’accueillir Théo Combes photographe désigné par le jury de cette cinquième édition de la Résidence Trigone.
​Pour ce nouvel événement, toujours empreint de la notion de carte blanche pour l’artiste, mais dans une volonté de faire résonner écriture photographique, récits d’habitants et du territoire, la commune de Daumazan-sur-Arize s’est vue pleinement investie par le photographe durant dix jours de création. Théo a su poser son regard sur cette commune, en mettant au cœur de son travail ce qui fait l’essence d’un lieu ; le croisement des parcours de vie qu’il abrite. Tour à tour, les habitant.e.s ont pu devenir devant son objectif les actrices et acteurs de leurs propres récits.

Cette façon d’observer les parcours de vie qui nous entourent est tout autant cher au Collectif Trigone et aux projets que nous défendons. Nous sommes donc très heureu.x.ses de présenter aujourd’hui le travail de Théo auprès du public, qui nous en sommes persuadé.e.s, se créera à son tour de nouveaux récits devant ces tirages. 

Né à Montpellier en 1993, Théo Combes est diplômé de l’École supérieure des métiers artistiques de Montpellier et de l’école de photographie ETPA à Toulouse. Il travaille pour la presse et développe des projets personnels principalement liés au bassin méditerranéen.
 En 2019, il obtient la bourse Laurent Troude pour son travail Noire Méditerranée, consacré aux questions migratoires. Cette série est présentée en 2021 au Château d’Eau à Toulouse. Il participe également au projet collectif « D’Oc » porté par l’association Cétavoir, publié aux éditions Lamaindonne. 
En 2022, il figure parmi les lauréats de la Grande Commande Photographique « Radioscopie de la France ». Il poursuit depuis un travail au long cours sur la station balnéaire de Valras-Plage, intitulé Un été de porcelaine, tout en développant d’autres projets en parallèle.
Back to Top